Lorsqu’un mouvement se compose de nombreuses assemblées autonomes, un problème apparaît rapidement : comment faire circuler les arguments, objections et propositions entre elles sans qu’une coordination ou un petit groupe finisse par décider pour l’ensemble ?

Une possibilité consiste à organiser directement la circulation du travail entre les assemblées.

Chaque assemblée produit un résumé de ses discussions : les principales informations, les arguments, les objections, les propositions, les alternatives et, lorsqu’il y en a, les résultats des décisions prises.

Ces résumés sont transmis rapidement dans un espace commun et regroupés par thèmes pour produire une synthèse. Il ne s’agit donc pas d’attendre qu’une assemblée centrale nationale se réunisse quelque part plusieurs semaines ou plusieurs mois plus tard : la circulation des résumés et des synthèses peut accompagner le mouvement au fur et à mesure qu’il évolue.

La synthèse permet alors à chaque assemblée de savoir ce qui se discute ailleurs : quels arguments apparaissent, quelles objections sont soulevées, quelles propositions évoluent, quels désaccords persistent. Elle retourne vers les assemblées, qui poursuivent leurs discussions et peuvent à leur tour produire de nouveaux résumés.

La synthèse n’est pas un lieu de décision. Les décisions restent dans les assemblées, selon les modalités que les participants ont choisies. Les personnes qui réalisent une synthèse n’ont donc pas à décider quelle position serait celle du mouvement. Leur rôle est de restituer aussi fidèlement que possible l’état des discussions : propositions, arguments, objections, alternatives et désaccords significatifs.

Le fonctionnement devient alors un cycle :

assemblées → résumés → synthèses → retour aux assemblées → nouvelles discussions → éventuelles décisions → nouvelle circulation

Ce fonctionnement pourrait s’appliquer à quelques assemblées pendant une manifestation comme à un réseau beaucoup plus large d’assemblées réparties sur le territoire.

Il ne s’agit pas de proposer un règlement tout fait. La méthode est expérimentale : elle doit pouvoir être testée, critiquée et modifiée par celles et ceux qui l’utilisent.

Où voyez-vous les difficultés d’un tel fonctionnement ? Dans la fidélité des résumés ? La réalisation des synthèses ? Leur rapidité ? Le risque de manipulation ? La participation ? La prise de décision à grande échelle ? Ou ailleurs ?

Présentation de la méthode et premières affiches explicatives : methodeoh.codeberg.page/methodeoh/

  • falcunculus ( falcunculus@jlai.lu ) 
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    2 days ago

    J’ai le sentiment opposé quant aux moyens de communication en ligne, qu’au contraire ils favorisent la hiérarchie.

    Les live avec des millions de personnes permettent avant tout à une personne seule de propager sa parole à des millions. Ce n’est pas un outil symétrique et d’ailleurs ça n’a rien de nouveau avec la radio et la télé. Mais ça se reproduit avec les streams, par exemple si on compare /r/place original et son retour: en 2017 les gens s’organisaient sur les reddits eux-mêmes et c’était relativement consensuel, quand quelqu’un voulait faire son truc style /r/placestart il faisait son reddit et cherchait à convaincre des gens de le rejoindre ; en 2022 par contre les streamers ont dirigé leurs armées de viewers selon leur bon vouloir (principalement motivé par leur égo et leur nationalisme).

    Quant aux débats à plusieurs milliers, il suffit d’avoir fait des débats à plus de 10 pour voir pourquoi ça ne marche pas automatiquement. Si tu mets de coté 3h de débat et qu’il y a 1000 participant·es ça fait… 11 secondes de parole chacun·e. Tu as besoin de modération, de gestion de la parole, de fixer un thème et un agenda et de tenir le chronomètre, et tout ça ça donne du pouvoir aux gens qui prennent ces rôles.

    De plus, la visio promeut les hiérarchies parce qu’il y est plus difficile de prendre la parole qu’en vrai. Dans la vraie vie, si tu veux parler, tu te manifestes avec ton langage corporel, éventuellement tu interromps quand il y a un blanc. Si deux personnes commencent à parler en même temps le désaccord est très vite résolu. En visio, au contraire, il faut plusieurs secondes pour passer la parole, c’est beaucoup moins naturel et ça profite aux personnes qui de basent prennent plus facilement la parole, c’est à dire celles plus haut dans la hiérarchie. Il faut aussi ajouter que dans la vraie vie une assemblée suffisamment nombreuse et vénèr peut prendre la parole de force même si on lui refuse le micro, alors qu’en visio la modération peut couper la parole de tout le monde sans soucis.

    • La télé existe depuis des décennies en mode 1 vers 10 millions. Les streams sont un changement dans le fait que :

      • N’importe qui peut en démarrer un. T’as un Pascal Praud qui sort des conneries, tu peux commencer ton live “Répondons à Praud point par point”
      • Il y a un retour, certes imparfait, dans ces lives, c’est le chat qui est généralement une part intégrale de la discussion d’une façon beaucoup plus directe des anciennes émissions où on téléphonait à un standard.
      • Quand je parle de débats à plusieurs milliers, je parle de plateformes comme reddit ou ici, où t’as pas à diviser le temps de parole. Tu réponds à ce qui te semble intelligent, tu downvotes les conneries, et ça donne une qualité de débat franchement inégalée